Aujourd’hui, j’ai finalement décidé d’écrire cet article sur mon trouble de la frénésie alimentaire. Cette petite chose qui a ruiné quatre ans de ma vie m’a fait descendre plus bas que le sol. Comment ai-je mis fin à ces crises alimentaires ? Qu’est-ce que cela aide et qu’est-ce que cela signifie ? Je vais donc partager avec vous mon expérience et comment j’ai été guérie du trouble de la frénésie alimentaire.
Je ne suis ni médecin ni professionnel de santé : je ne fais que partager mon expérience avec vous. Peut-être que mes paroles vous aideront à vous sentir mieux et vous donneront des idées pour trouver une solution à votre rétablissement. Peut-être souffrez-vous également d’anorexie, de boulimie ou de frénésie alimentaire et êtes-vous totalement perdu ? Voici un peu d’aide.
Le trouble de la frénésie alimentaire : qu’est-ce que c’est ?
On parle ici d’un trouble du comportement alimentaire, un mécanisme qui vous pousse à manger de façon répétée et excessive pour combler un vide, calmer une tension, ou encore rendre supportable un moment difficile. Tout se passe dans la tête : la nourriture devient une échappatoire, une béquille émotionnelle. Les quantités avalées défient la logique, les repas se transforment en débordements dont on ne sort jamais indemne.
Différence notable avec la boulimie : il n’y a pas de vomissements après coup. Ce que vous mangez, votre corps le garde, et les kilos s’accumulent à une vitesse déconcertante. À la longue, la santé trinque, le moral plonge, et l’isolement s’installe.
Mon histoire :
Le début de la spirale
Le jour de mes 18 ans marque le début de mon IUT de chimie, mais surtout, celui de ma vie seule : premier appartement, premières responsabilités. Je fais 1m68 pour 54 kg, sur le papier tout va bien. Mais dans ma tête, c’est tout l’inverse. Trois mois après la rentrée, je commence à prendre un peu de poids. Deux kilos, c’est anodin, mais à partir de ce moment-là, j’ai voulu perdre. Objectivement, je n’étais ni en surpoids, ni même proche de l’être. Mais mon regard sur mon corps était biaisé. Impossible de m’accepter telle que j’étais, je voulais ressembler aux silhouettes parfaites d’Instagram, ventre plat, jambes fines. Si seulement j’avais appris à me voir autrement, je ne serais sans doute jamais tombée dans le piège du trouble alimentaire.
Voici quelques photos de cette période où tout a basculé :
4 mois d’anorexie
Pour perdre du poids, j’ai tout simplement arrêté de manger, enfin, c’est ce que je croyais. J’ai commencé à compter chaque calorie, à fixer des plafonds absurdes, parfois 800 kcal par jour. L’idée de sauter des repas devenait banale, mais le soir venu, impossible de dormir tant la faim me tenaillait. Cette restriction n’a pas tenu longtemps, mais elle a laissé des traces.
Quatre ans de frénésie alimentaire
Puis sont venues les crises. Ma toute première a eu lieu un été, après l’achat de ces fameux gâteaux allégés, promus par le marketing comme la solution à tout. Je les avais stockés dans ma chambre, mauvaise idée. En l’espace d’un après-midi, j’ai englouti quatre ou cinq paquets. La privation avait ouvert la porte à un besoin irrépressible de manger. Et ça n’a été que le début.
Je ne vais pas entrer dans les moindres détails de la suite, mais ces années ont été rudes, pour moi, pour mes proches. Au lieu de fondre, j’ai pris 18 kg, tout ça à cause de la frénésie alimentaire.
Deux images qui témoignent de ce passage à vide :
Ce sourire forcé sur les photos, c’est le masque que j’affichais devant mes amis, alors qu’au fond, je n’allais pas bien du tout. J’étais prise dans un cycle infernal :
- Pendant la semaine, je me restreignais à l’extrême, et le week-end, de retour chez mes parents, je craquais systématiquement.
- L’hiver, je reprenais du poids, l’été je culpabilisais et tentais à nouveau de contrôler.
J’essayais de compenser la bouffe par le sport, testant toutes les méthodes à la mode : BBG, programmes YouTube, conseils glanés ici et là. J’ai cherché la recette miracle pour sortir du trouble de la frénésie alimentaire… mais elle n’existe pas.
Je mangeais mes émotions
À chaque pic de stress, je me réfugiais dans la nourriture. Manger du sucre me donnait l’impression de retrouver un peu de réconfort. Mais une fois la crise passée, mon ventre était douloureux et je me retrouvais entourée d’emballages vides, submergée par la culpabilité et les larmes. Je jurais de ne boire que de l’eau le lendemain pour compenser, mais rien n’y faisait.

Les derniers mois de mon IUT, je séchais presque tous les cours. Sur le chemin du retour, la boulangerie, la grande surface : j’achetais tout ce qui me tombait sous la main, puis je rentrais m’enfermer avec mes provisions. Les crises sont devenues quotidiennes.
« Je ne le souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi »
Comment j’ai mis fin aux crises
Un jour, j’ai demandé de l’aide à ma mère. Sur le moment, son soutien m’a apaisée, mais sitôt seule, la spirale reprenait. Très vite, je n’ai plus supporté les remarques, je me braquais, je devenais dure et agressive. Désolée maman de t’avoir fait subir tout ça ❤️🥺.
Mes amis ont remarqué ma prise de poids, mais c’est délicat d’aborder le sujet. Je refusais d’admettre ma détresse. Un jour, à bout, j’ai envoyé une photo de moi en pleurs à mes meilleures amies. Elles ont débarqué chez moi sans attendre. Ce geste reste gravé dans ma mémoire.
AVANT/APRÈS
Me sentir écoutée et entourée m’a fait du bien, mais les crises ne se sont pas arrêtées. Leur fréquence a même augmenté…
Une nuit, après une énième crise, j’ai fini par appuyer sur pause, au sens figuré, et je me suis posée de vraies questions :
- Pourquoi est-ce que je me fais ça ?
- Où est la normalité dans tout ça ?
- Est-ce que je vais continuer comme ça indéfiniment ?
- Jusqu’où ça va m’emmener ?
- Qu’est-ce que j’y gagne, au fond ?
J’ai décidé de changer les choses. J’ai cherché un professionnel : nutritionnistes, diététiciens, psychologues… J’ai longtemps hésité, puis j’ai pris rendez-vous avec un psychiatre.
J’ai consulté un psychologue
Je n’ai pas voulu voir de diététicienne, parce que je connaissais déjà les bases de l’alimentation. Le problème n’était pas là. Un plan alimentaire rigide aurait été vécu comme une nouvelle contrainte, une frustration de plus. Je voulais autre chose : des outils concrets, des exercices, un accompagnement qui m’aide à comprendre le fond du problème.
Pourquoi le choix d’un psychologue ?
J’avais atteint les limites du soutien que mes proches pouvaient m’apporter. Il me fallait une méthode, des repères, et la possibilité de reconstruire. Je ne voulais plus gâcher ces années précieuses à cause des crises. À 20 ans, sans dettes, sans crédits, je voulais juste vivre librement.
Les premières séances ont été éprouvantes. Je pleurais au bout de dix minutes, parfois je sortais avec la sensation que rien n’avançait. Mais avec le recul, chaque mot, chaque conseil a fait son chemin. Peu à peu, j’ai réussi à tenir une semaine sans crise 🔥✨💪.
Ce jour-là, c’est ma victoire. Ma plus grande fierté. (Bon, j’ai rechuté le week-end suivant, mais ça m’a prouvé que c’était possible !)
« Chaque petite victoire est un grand pas vers la liberté »
J’ai tout tenté pour espacer les crises, trouver ce qui me convenait. Quand j’ai senti que j’avais fait le tour avec ma psychiatre, j’ai créé mes propres astuces, mes « 10 commandements », à découvrir plus bas. Progressivement, j’ai retrouvé la sensation de légèreté, j’ai accepté mon corps de femme. J’ai recommencé à vivre ✨.
Où j’en suis aujourd’hui ?
Les vieux démons ne sont jamais loin, mais je n’ai pas eu de crise depuis quatre ans (c’est aussi le moment où j’ai rencontré ma moitié… hasard ou pas, je vous laisse juger 😏❤️🥰). Je ne me prends plus la tête avec mon poids, ni avec ce que je mets dans mon assiette, sain ou non.
Les 18 kg se sont envolés tout simplement parce que les crises ont cessé, et, paradoxalement, j’ai aussi arrêté le sport à ce moment-là.
Si je partage tout ça, c’est pour vous rappeler que personne n’est seul face à la frénésie alimentaire. Si j’ai pu sortir de ce cercle, c’est que c’est faisable. Prenez le temps de vous écouter, de comprendre ce qui se joue, d’où ça vient.
Pour perdre du poids, commencez par accepter votre corps, votre reflet. C’est là que mes problèmes ont commencé à disparaître.
Mon parcours n’est qu’un exemple. À chacun de trouver son équilibre, sa voie. Consulter un psychiatre peut aider, ou pas. L’important, c’est de ne jamais lâcher la recherche de solutions.
Vous connaissez quelqu’un qui traverse la frénésie alimentaire et vous ne savez pas comment l’aider ?
Il n’y a pas de mode d’emploi universel, mais certaines attitudes peuvent faire la différence. Voici quelques pistes concrètes :
- Restez présent pour la personne, montrez-lui que vous êtes là.
- Proposez des activités, des sorties, car l’ennui est souvent un déclencheur de crise.
- Aidez-la à trouver un professionnel de santé adapté.
Lors des crises, la personne se coupe du monde, guidée par une pulsion qui la dépasse. Si vous assistez à un début de crise, quelqu’un qui s’isole avec de la nourriture, par exemple, vous pouvez tenter d’amorcer un dialogue avec des phrases telles que :
- Dis-moi ce que tu ressens.
- Je suis là si tu as besoin de parler.
- Comment puis-je t’aider ?
- Comment te sens-tu maintenant ?
- Veux-tu sortir prendre l’air ?
- Tu veux discuter ?
- On va traverser ça ensemble.
- Je sais que c’est difficile à contrôler, tu n’es pas seul(e).
- Est-ce qu’on peut faire quelque chose ensemble ?
- Je t’aime tel(le) que tu es.
- Tu comptes énormément pour moi.
- Dis-moi comment je peux te soutenir, ce qui t’aiderait vraiment.
- Je comprends que c’est une vraie maladie.
- Je sais que tu ne choisis pas cette situation.
- Prends le temps qu’il faut.
- Je tiens à toi et je veux t’aider.
Gardez votre calme. Ce qui se joue est bien plus profond qu’un simple manque de volonté, même si ça paraît incompréhensible vu de l’extérieur. La douceur fait souvent plus que les grands discours. ❤️
« Le chemin est long, mais il en vaut la peine »
Si jamais vous ressentez le besoin d’en parler, je laisse ici mon e-mail :
Mes 10 commandements pour sortir du trouble de la frénésie alimentaire :
Voici les repères qui m’ont aidée à avancer :
1, Occupez votre esprit. L’ennui ouvre la porte aux envies de manger. On va vite piocher dans les placards quand on ne fait rien. Essayez d’occuper vos mains, même devant un film ou une série, c’est souvent là que les crises se déclenchent.
2, Relativisez vos écarts. Manger quelque chose de moins sain, ce n’est pas la fin du monde. Évitez de tomber dans la culpabilité immédiate. Rien ne se joue en une bouchée.
3, Stoppez la spirale dès le début. Plus vite vous coupez court à une envie irrépressible, plus vous reprenez la main. C’est le premier pas pour réduire la fréquence des crises.
4, Pesez le pour et le contre. Avant de vous jeter sur la nourriture, posez-vous la question : « Qu’est-ce que ça va m’apporter là, maintenant ? » Parfois, juste ce recul peut suffire à désamorcer la crise.
5, Ne vous restreignez pas à l’excès. Se priver n’a jamais aidé. Demandez-vous si vous avez vraiment faim, ou si c’est l’envie qui parle. Pendant le confinement, les troubles alimentaires se sont exacerbés. Revenir à une alimentation normale avant toute chose, puis ajuster si besoin.
6, Oubliez le comptage des calories. S’obséder sur les chiffres rend la vie impossible. À chaque bouchée, la culpabilité s’installe. Aujourd’hui, je ne compte plus rien, j’écoute mon corps, et ça va beaucoup mieux.
7, Rangez la balance. Un chiffre ne définit pas votre valeur, ni qui vous êtes. Laissez-la de côté.
8, Acceptez-vous. Sur Instagram, beaucoup de filles affichent leurs formes, leurs imperfections, et elles rayonnent. La diversité existe, et c’est tant mieux.
9, Faites-vous des compliments. Chaque jour. Vous êtes digne d’amour et de respect, quoi qu’en dise le miroir.
10, Vivez. N’attendez pas la perfection pour profiter de la vie.
Tracer sa route hors de la frénésie alimentaire, c’est accepter les détours, les arrêts, parfois les rechutes. Mais la lumière revient, toujours. Et c’est tout ce qui compte.













