
Rester au sec lors d’une randonnée, c’est parfois un numéro d’équilibriste. Imaginez : un orage éclate sur la côte en Tasmanie, et la pluie ne fait pas de quartier. Si votre équipement n’est pas vraiment imperméable, oubliez l’idée de rester au sec. Pas de compromis possible : l’étanchéité, c’est tout ou rien.
Choisir son matériel de randonnée, c’est aussi savoir décrypter les chiffres affichés sur les étiquettes. Un matériel mal adapté, c’est l’assurance de finir trempé, même si le vendeur jurait qu’il était « waterproof ».
Évitez les mauvaises surprises : avant de casser votre tirelire pour une tente dernier cri, encore faut-il comprendre ce que signifient les fameuses mentions « mur : 1 500 mm » ou « tapis de sol : 4 000 Schmerber ». Sans ça, même une tente flambant neuve pourrait laisser passer l’humidité dès que la pluie s’intensifie ou au moindre contact avec la toile.
À l’inverse, inutile de s’endetter pour une veste Gore-Tex à 299 euros si votre programme se limite à une promenade dominicale.
Mais alors, comment fonctionne l’imperméabilité ? Pour les équipements de randonnée, cela désigne la capacité à empêcher l’eau de s’infiltrer depuis l’extérieur.
Voyons comment on rend un tissu imperméable. Deux procédés existent :
- Le revêtement : il s’agit d’appliquer une couche de produit chimique à l’intérieur du tissu pour le rendre étanche. Cette méthode est fréquente sur les articles d’entrée de gamme : c’est abordable, mais certains revêtements s’usent vite et perdent leur efficacité.
- La membrane : ici, un film est ajouté à la face interne du tissu. Les membranes sont plus souples, souvent plus durables et plus respirantes que les revêtements, mais elles résistent moins aux accrocs. Leur prix, lui, grimpe généralement avec la qualité.
Concrètement, si la randonnée n’est qu’un loisir occasionnel et que vous ne voulez pas dépenser des fortunes, le revêtement peut suffire. À l’inverse, pour un usage soutenu ou des conditions météo incertaines, investir dans un tissu à membrane se justifie largement.
Comment mesure-t-on l’imperméabilité d’un tissu ? On le soumet à la pression d’une colonne d’eau. La hauteur d’eau (exprimée en millimètres) que le tissu tolère avant de laisser passer les premières gouttes définit son indice d’imperméabilité.
Autrement dit, 5 000 mm correspondent à une colonne de 5 mètres d’eau posée sur le tissu. On parle parfois de Schmerber, qui n’est qu’une autre façon de dire « millimètres » dans ce contexte : 5 000 Schmerber = 5 000 mm.
Plus cette valeur grimpe, plus la barrière contre l’eau est efficace.
Reste à savoir de quel niveau vous avez vraiment besoin. Posséder une veste à 30 000 mm pour faire ses courses n’a aucun sens. À l’inverse, partir faire un trek en montagne avec une veste donnée pour 2 000 mm, c’est risquer l’averse. Tout est question d’adéquation entre l’équipement et l’usage.
Pour choisir judicieusement, il faut tenir compte à la fois de vos priorités (poids, budget, confort, résistance) et des conditions réelles de randonnée (pluie, froid, durée, terrain, etc.).
Quelques repères : la pluie modérée exerce entre 1 000 et 2 000 mm de pression. Pour une petite averse, ça peut suffire. Mais dès que la météo se corse ou que la sortie s’étire, mieux vaut viser plus haut.
Un détail à ne pas négliger : la pression augmente localement dès qu’on appuie sur le tissu, par exemple sous les bretelles du sac à dos ou en s’agenouillant dans la tente. C’est la raison pour laquelle on recommande souvent de ne pas toucher les parois de la tente lorsqu’il pleut. En marchant, la pression sur un surpantalon ou une veste peut facilement grimper jusqu’à 8 000 mm.
Il n’existe pas de règle universelle, mais on peut donner quelques seuils utiles pour garantir un niveau de protection convenable, à condition bien sûr d’utiliser un équipement en bon état.
- Tente : le tapis de sol a besoin d’un indice supérieur à celui des parois, car la pression exercée par le corps est plus forte. Prévoyez au minimum 2 000 mm pour les murs extérieurs et pas moins de 5 000 mm pour le tapis de sol.
- Veste ou surpantalon imperméable : pour une randonnée de plusieurs jours, comptez au moins 10 000 mm pour éviter les désagréments. Pour une sortie courte sous une pluie faible, 2 000 mm peuvent suffire si vous acceptez le risque d’être un peu humide et que vous ne souhaitez pas investir davantage. Certains modèles atteignent 30 000 Schmerber : ils s’adressent à ceux qui affrontent des conditions extrêmes ou partent sur de longues expéditions.
Gardez à l’esprit que plus un matériau repousse l’eau, plus il pèse lourd et moins il laisse circuler l’air. Difficile d’avoir à la fois imperméabilité maximale et grande respirabilité, sans faire grimper la facture. Un tapis de sol à 5 000 mm sera léger et suffisant pour randonner en été sur des sentiers classiques, mais il prendra probablement l’eau une fois qu’il aura vieilli. Il existe des produits pour réimperméabiliser le matériel, mais c’est un autre sujet.
L’idée du poncho ciré peut sembler séduisante pour marcher à l’abri. Mais l’expérience a tranché : lors de ma première grande randonnée, j’ai tenté le coup avec un poncho bon marché. Résultat, je n’ai pas tardé à être trempé, et pas uniquement à cause de la pluie.
Les vêtements imperméables non respirants retiennent aussi la transpiration. Vous évitez la pluie mais l’humidité finit par vous rattraper, cette fois à cause de votre propre sueur. À moins d’être absolument certain de ne pas transpirer, mieux vaut choisir des vêtements qui laissent l’humidité s’échapper. C’est pourquoi les vestes K-way ou les surpantalons imperméables à petit prix, bien que séduisants, ne sont pas forcément adaptés à la randonnée.
Pour aller plus loin, si vous souhaitez optimiser votre tenue et rester vraiment au sec en randonnée, je vous recommande la lecture de l’article « Vêtements de randonnée : le système à 3 couches » ainsi que celui consacré à la respirabilité.
Ce tour d’horizon devrait vous aider à mieux vous y retrouver parmi les indices techniques et à choisir un équipement qui correspond à vos besoins, sans vous perdre dans le jargon des fabricants.
Bien sûr, l’étanchéité n’est qu’un aspect parmi d’autres à considérer pour sélectionner son matériel de randonnée. Mais s’il y a un critère à ne pas négliger, c’est bien celui-là.
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Quand la prochaine pluie viendra tambouriner sur votre tente, vous saurez pourquoi certains restent au sec, et d’autres non. Le choix du bon indice d’imperméabilité, c’est aussi celui de la tranquillité sur les sentiers.

