Comment appliquer l’article 750 1 Code de procédure civile en pratique ?

Certains chiffres de la justice tombent comme des couperets : près d’un dossier civil sur deux se retrouve ajourné faute de démarche amiable préalable. Un détail négligé, une case non cochée, et la procédure déraille. La règle, pourtant, s’impose à tous, et rares sont les affaires qui échappent à ce passage obligé.

Dans les prétoires, la tentation de griller l’étape amiable se paie cher. Trop souvent, avocats et justiciables s’estiment dispensés : le dossier leur semble limpide, l’urgence évidente, le droit acquis. Mais le couperet tombe sans préavis : irrecevabilité. Rien de moins. Le juge, gardien du rituel, n’hésite pas à renvoyer les parties à leurs échanges préalables, même pour un litige d’apparence mineure.

Article 750-1 du code de procédure civile : comprendre l’obligation de tentative amiable

L’article 750-1 du code de procédure civile impose, avant toute démarche devant le tribunal judiciaire, une tentative préalable de résolution amiable du litige. Cette règle, portée par la volonté de désengorger les tribunaux et d’offrir une alternative concrète à la judiciarisation systématique, s’applique à la quasi-totalité des litiges civils dont l’enjeu financier reste en-deçà d’un plafond fixé par décret. Les exceptions sont rares, strictement listées.

Omettre cette tentative amiable expose à une sanction radicale : la fin de non-recevoir. Le juge peut écarter la demande sans même examiner le fond du différend. Cette mesure, plus efficace qu’une simple nullité de procédure, marque la volonté du législateur de donner corps à l’étape amiable : pas d’effort de conciliation, pas de procès. Les parties doivent donc pouvoir démontrer la réalité de leur démarche, ou justifier la dispense, notamment en cas d’urgence manifeste, de motif légitime ou d’impossibilité prévue par la loi.

L’obligation s’étend à la plupart des litiges de la vie civile, sauf textes particuliers. Les juges, cependant, veillent à préserver l’accès au tribunal, conformément aux exigences posées par la cour européenne des droits de l’homme et la CJUE. Jamais la procédure ne doit devenir une impasse pour le justiciable de bonne foi. Les exceptions – prescription imminente, référé, impossibilité de contact – traduisent cette recherche d’équilibre entre efficacité procédurale et respect des droits des parties.

Pour mieux cerner la portée de cette règle, voici les points-clés à retenir :

  • Tentative amiable : une étape obligatoire, sauf exception prévue par la loi ou la jurisprudence
  • Sanctions : la demande est déclarée irrecevable, sans que l’acte soit annulé
  • Exceptions : urgence, motif légitime, impossibilité manifeste, liste fermée établie par décret

Jeune femme et avocat discutent lors d

Les étapes clés pour réussir une tentative amiable avant toute action en justice

Avant d’envisager la voie contentieuse, il s’agit de choisir la stratégie adaptée au litige en cause. Qu’il soit question d’un conflit locatif, d’une querelle de voisinage ou d’une dette contestée, chaque situation appelle un mode de résolution amiable spécifique. La conciliation par un conciliateur de justice convient souvent aux affaires courantes ; la médiation prend le relais dès que la discussion s’annonce plus technique ou sensible, parfois avec l’appui d’avocats.

Anticipez la première réunion : rassemblez tous les documents utiles, clarifiez vos demandes, listez les griefs de l’autre partie. Le conciliateur ou médiateur ne tranche pas : il facilite le dialogue, structure les échanges, sans imposer de décision. Si la situation s’y prête, la procédure participative permet aux avocats de guider les négociations et de sécuriser le processus.

La loi exige la preuve concrète des démarches accomplies pour tenter une résolution amiable. Chaque convocation, rendez-vous, courrier ou échange doit être conservé : le dossier remis au juge devra retracer l’ensemble de vos efforts. Si un accord même partiel émerge, formalisez-le par écrit. Si la tentative échoue, la saisine du juge devra exposer, pièce à l’appui, le déroulé complet de la tentative amiable.

Pour structurer votre démarche, procédez ainsi :

  • Ciblez le mode amiable le mieux adapté : conciliation, médiation ou procédure participative
  • Préparez la session : réunissez les pièces, clarifiez vos attentes, fixez un calendrier
  • Documentez chaque étape, pour justifier votre action auprès du tribunal lors du dépôt de la requête

Rien ne doit être laissé au hasard : la moindre faille dans la justification des démarches peut suffire à voir la porte du tribunal se refermer. L’exigence de loyauté, inscrite au cœur du code de procédure civile, impose transparence et rigueur à chaque étape du processus amiable.

À la croisée du droit et du dialogue, l’article 750-1 invite à repenser le réflexe contentieux. Un détour obligé ? Plutôt un sas, parfois salutaire, entre la discorde et la salle d’audience.

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